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séance

Carte blanche : "Octobre" et "La Vie sur terre" d’Abderrahmane Sissako

Nicolas Philibert. Le regard d'un cinéaste

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date 22/11/2009
lieu du débat Cinéma 1, Centre Pompidou
type d'animation Projection - Débat
thème Arts, Cinéma
durée 00:41:08
animateur(s) / modérateur(s) Philibert Nicolas
commissaire(s) Blangonnet Catherine ; Colley Sylvie ; Francfort Sophie ; Richard Dominique
résumé "Octobre" d’Abderrahmane Sissako, 1993.

Deuxième film du réalisateur primé au festival de Cannes, ce court métrage brillantissime qui résiste à tous les écueils générés par ce format (intentionnalité, surdétermination, maniérisme, bouclage du sens), devrait être enseigné dans toutes les écoles de cinéma. Tourné dans la banlieue de Moscou, il évoque en à peine plus d’une demi-heure l’épilogue d’une rencontre amoureuse entre une jeune femme russe et un immigré africain. La fille, jeune employée d’un
Musée d’histoire naturelle, est enceinte, et ne sait pas ce qu’elle va faire de l’enfant. Le jeune homme ignore qu’il est père. La narration, qui procède par touches impressionnistes, semble jouer avec le temps, l’étirer, le suspendre, l’halluciner, en faire une pure cause mentale. Un bref retour en arrière sur le moment de la rencontre, une troublante projection qui montre le jeune homme croisant une fillette métisse, se glissent ainsi dans le mouvement d’un film qui dépeint essentiellement la déliaison du couple, pour ne pas dire son impossibilité constitutive. Cette étrangeté poétique, notamment fondée sur l’inscription incongrue d’un corps noir sur la neige des friches moscovites, annonce des motifs chers au cinéaste : le croisement des destins, les êtres déplacés, la mélancolie de l’exil. Une goutte de sang sur le doigt de la jeune fille prenant les roses que lui offre son amant cristallise cet état d’âme en une puissante trouvaille formelle : un insert en couleurs foudroyant le noir et blanc du film, témoignage douloureux de la passion du couple. Quelque part entre Chris Marker ("La Jetée"), Agnès Varda ("Cléo de 5 à 7") et Marlen Khoutsiev ("Avoir 20 ans"), qui fut son enseignant au VGIK, Sissako prend ici le plus beau des envols. (Jacques Mandelbaum.)

"La Vie sur terre" d’Abderrahmane Sissako, 1997.
Né en Mauritanie en 1961, émigré au Mali, formé en Union Soviétique, installé en France: le parcours d’Abderrahmane Sissako induit la nature profonde d’une oeuvre marquée par l’exil et l’effacement des frontières, à commencer par celle qui sépare le documentaire de la fiction (Rostov-Luanda, 1997, En attendant le bonheur, 2002, Bamako, 2006). Il ne faut donc pas s’étonner que ce cinéaste de l’errance et du passage ait été retenu pour réaliser l’un des films de la série « 2000 vu par », produite par Arte et la société Haut et court pour célébrer le basculement dans le second millénaire. Très loin des canons d’un cinéma africain tel qu’on pouvait encore s’en plaindre avant qu’il ne disparaisse de la scène internationale, La Vie sur terre évite pour commencer la forme du conte et de l’injonction communautaire. C’est un film drôle et tragique à la fois, en prise avec son temps, mené à la première personne. Soit le retour au village - Sokolo, au Mali - du cinéaste exilé en Europe, qui s'annonce par une lettre au père lue en voix-off. Les deux premières séquences règlent le ton du film, et plus encore le raccord qui les réunit et les disjoint à la fois : un très long travelling le long des étalages pléthoriques d’un supermarché, avec le réalisateur en spectateur impavide de ce mur d’empaquetages, puis l’ouverture à l’infini d’un paysage africain bleu et ocre, dans toute la splendeur de son dépouillement. Dans Genèse d’un repas, Luc Moullet fit jadis de ce genre de contraste un film d’une piquante et ferrugineuse logique. Sissako préfère quant à lui la voie poétique, puisant chez Aimé Césaire les mots de son insurrection, et chez Jacques Tati le cadre de son expression visuelle. Il en résulte une chronique douce-amère de la vie à Sokolo,
composée de vignettes qui évoquent tantôt l’absurdité de la stagnation locale (les corps qui se dessèchent dans l’inaction), tantôt les sources vives de sa sensualité (une certaine Nana, qui traverse le cadre à bicyclette comme un soleil se lève sur le monde). Là-dedans, le passage à l’an 2000 est évidemment mais élégamment
éludé, élision qui reste le manière la plus pertinente d’honorer et de
trahir à la fois la commande du point de vue circonstancié de l’Afrique. (Jacques Mandelbaum.)

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cycle Nicolas Philibert. Le regard d'un cinéaste 07/11/2009
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