Bibliothèque Publique d'Information
 
 
séance

Carte blanche : "Tren de sombras, el espectro de Le Thuit", de José Luis Guerín

Nicolas Philibert. Le regard d'un cinéaste

sélection imprimer
date 09/11/2009
lieu du débat Cinéma 1, Centre Pompidou
type d'animation Projection - Débat
thème Arts, Cinéma
durée 00:43:56
commissaire(s) Blangonnet Catherine ; Colley Sylvie ; Francfort Sophie ; Richard Dominique
résumé Digne héritier de Victor Erice par la manière dont son oeuvre travaille l’écoulement et la circularité du temps, l’Espagnol José Luis Guerín n’est que tardivement découvert en France, où deux de ses oeuvres récentes – le documentaire "En construction" (2001) et la fiction "Dans la ville de Sylvia" (2007) – sont sortis simultanément en salle en septembre 2008. Guerín a pourtant réalisé trois longs-métrages antérieurement, dont "Tren de Sombras". C’est une contribution originale au centenaire de la naissance du cinéma, qui joue sur la puissance simultanément documentaire et imaginaire de ce medium. Le noyau du film est constitué par un autre film, bandes familiales présumément tournées à la fin des années vingt du siècle dernier par un certain Gaston Fleury, dans sa maison bourgeoise de Le Thuit, en Normandie. Il s’agit en réalité d’un faux, qui simule aussi
bien les innocents tableaux caractérisant le genre (enfants à la baignade, adultes batifolant dans un décor bucolique, ancêtres agitant la main en direction de la caméra, faux raccords, décadrages, flous en pagaille…) que l’attaque du temps sur la pellicule censée les immortaliser (rayures, sautes, brûlures…). Guerín, cherchant l’effet de réel, filme donc à la fois la trace et son anéantissement, avant de basculer (par un plan d’écoliers passant devant un cimetière…) dans l’époque contemporaine pour y représenter en couleurs les mêmes lieux, vidés de leurs habitants, mais encore hantés par leurs fantômes. Tout ici, qui est a priori plus authentique que dans les scènes d’époque reconstituées, renvoie de fait à un monde spectral, à haute teneur fantastique et fictionnelle, en vertu des jeux d’ombre et de lumière, du cadrage, des intérieurs piqués par le temps, des reliques domestiques, de la composition sonore et musicale. Fiction et document, réel et imaginaire, semblent donc absolument réversibles, d’autant plus qu’un long épilogue fait imploser et les genres et la chronologie par un transvasement expérimental des unes dans les autres. Aboutirait-il à ce seul paradoxe que le film de Guerín serait déjà un brillant exercice maniériste, révélateur de la fondamentale ambiguïté du cinéma. Mais il y a plus. C’est la manière particulièrement subtile avec laquelle le réalisateur parvient à glisser insensiblement une intrigue romanesque dans ce dispositif: l’aventure illégitime du père de famille et cinéaste amateur Gaston Fleury avec une jeune domestique, sous le regard caméra, disséqué jusqu’au vertige, de sa fille aînée. Tout le film peut être relu du coup à cette aune, sous le signe d’une trahison qui désigne la vérité de l’image. A l’occasion de son anniversaire, Guerín aura ainsi filmé le secret de famille du cinéma. (Jacques Mandelbaum.)

+ écouter :   non autorisé 


illustration

+ documents joints

pdf Progamme de la manifestation
notices liées
type titre date durée
cycle Nicolas Philibert. Le regard d'un cinéaste 07/11/2009
    © Bibliothèque publique d'information 2007